Introduction : Pour la sauvegarde de l’intérêt général

Alors que les travaux de ce pôle n’en sont encore qu’aux prolégomènes, c’est avec grand plaisir que nous vous dévoilons le thème général de cette année : l’intérêt général.

Saint Augustin disait du temps et de l’espace qu’il savait ce qu’ils étaient lorsque personne ne lui demandait de les définir. A l’inverse, lorsqu’il était question de poser des mots sur de tels concepts, il était incapable d’en donner une définition. C’est avec ce même paradoxe conceptuel en tête que nous avons décidé d’ouvrir la première édition des travaux de ce pôle sur un terme aussi polysémique qu’amalgamé.

L’un des grands problèmes du concept d’intérêt général est la porosité sémantique et idéologique qu’il entretient avec d’autres termes comme l’intérêt commun ou l’intérêt public. Pour autant, des subtilités sont à distinguer :

  • L’intérêt commun se conçoit davantage comme la résultante de l’ensemble des intérêts individuels, chacun exprimé et apprécié dans son intégralité. Bien évidemment, l’applicabilité politique pose des questions quant à l’exhaustivité et à la représentativité. 
  • L’intérêt public se consacre à la mise en œuvre de l’intérêt général dans le cadre de la République. Apparu au cours des débats de la constituante post-Révolution Française, il s’accomplit dans les branches étatiques que sont la santé publique, la sécurité publique, le Ministère public (en justice pénale), ou encore la préservation des monuments publics pour ne citer que ces quelques exemples. 

A cela s’ajoute la réalité politique qui en forme le pathos, et dont il existe tout autant de déclinaisons que de concrétisations tangibles. Et enfin, l’extrême impudeur de nos représentants politiques, qui n’hésitent pas à justifier chacune de leur prise de position au nom d’une conception d’un intérêt qui n’a parfois de général que le nom, contribue à entretenir un certain amphigouri.

Historiquement, le concept d’intérêt général est apparu en France concomitamment à la question de la suppression des corporations. Pour en illustrer la teneur des débats, Isaac le Chapelier disait à propos de la loi qui portera son nom : « Il n’y a plus de corporations dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général ». La conception française (et donc finaliste) de l’intérêt général prend alors forme : il s’agirait d’une finalité d’ordre supérieur aux intérêts individuels, supérieur à un intérêt commun. A l’opposé, se trouve une conception anglo-saxonne davantage orientée vers un compromis résultant de l’agrégation moyenne des intérêts individuels.  Il est pertinent de remarquer que l’intérêt général est le fruit d’une tension constante entre, d’un côté la multitude des intérêts particuliers et, de l’autre, un intérêt commun à la nation. Néanmoins, la véritable tension qui complexifie l’appropriation de cette notion réside fondamentalement dans le grand écart qu’elle exerce constamment entre droit public et structures concrètes qui fournissent des prestations aux citoyens.  

Il serait néanmoins absurde de sanctuariser cette notion au seul domaine du droit. Au cours du XIXème et XXème siècle, le libéralisme économique et le recul de l’étatisme ont favorisé le décloisonnement de la réflexion, pour le meilleur comme pour le pire. Quoiqu’il en soit, l’actualité nous montre qu’encore aujourd’hui, il s’agit d’un thème qui attisent les sentiments les plus belliqueux et antagonistes. Merleau-Ponty commentait alors les propos de Saint-Augustin précédemment cités en ces termes : « La notion du temps n’est pas un objet de notre savoir, mais une dimension de notre être ». Et s’il en allait de même pour le devenir du tissu social français ? Et si l’intérêt général n’était, en définitive, qu’une dimension de la République ?

Nulle réflexion sur l’intérêt général ne peut omettre de mentionner les services publics car « le rôle des services publics est de servir l’intérêt général ». A la suite de la crise des subprimes, les besoins de liquidité mettent les états européens face aux conséquences d’années de politiques d’assainissement de l’économie ratées. La dette s’envole, les caisses se vident et à cela s’ajoute les politiques d’austérité aux petits pieds qui n’ont pas les effets escomptés car trop frileuses. L’argent, connu pour être le nerf de la guerre, vient à manquer pour financer les politiques d’aides et de financements publics. C’est alors que le discours des contempteurs de l’intérêt général gagne en puissance et qu’est réclamée une rationalisation mercantile des bénéfices dégagés pour chaque euro investi dans les services publics. Le marché se fait alors le souverain tout puissant de nos économies libérales. Il siégeait déjà en privilégié à la table des conseils ministériels, mais c’est réellement le choc né des produits abacus qui le revêtissent de l’hermine et du spectre royaux. Au regard des différents événements qui ont meurtri la société française depuis les années 1980, à savoir les délocalisations en chaîne, une mobilité sociale à l’arrêt, ou encore l’accroissement des inégalités, il est légitime de questionner le bien-fondé de l’idéologie capitaliste. L’heure est au bilan, et celui-ci nous semble discutable. 

Et pour finir, puisque la raison d’être du Groupe Socialiste Universitaire est l’engagement citoyen, nous souhaitons rappeler, qu’au sein de la République, il est essentiel de prévenir le fondement du contrat social contre toute réflexion purement mercantiliste et capitaliste. En rien, l’opportunité économique fondée sur l’optimum de la croissance et de la demande ne saurait justifier l’anéantissement de décennies de lutte pour atteindre l’égalité.

Au cours de cette année universitaire, le pôle économique et social a décidé d’approfondir les sujets suivants afin d’étayer sa réflexion idéologique et théorique sur le thème de l’intérêt général en structurant sa réflexion sur trois grands domaines : Le Green New Deal, Le nucléaire et la transition énergétique, et les Services publics et les privatisations.

Le Green New Deal

Parangon économique ayant le vent en poupe depuis que les jeunes figures du parti démocrate américain ont décidé de s’ériger en fer de lance du Green New Deal, il n’en reste pas moins d’inspiration européenne. L’Union Européenne travaille à sa mise en application concrète depuis les années 2000 et ce, depuis que les différents mouvements et/ou partis écologistes siègent à Bruxelles.

Pour beaucoup, le Green New Deal scellerait l’avenir de la troisième révolution industrielle en y introduisant un nouveau médium de communication, une nouvelle énergie et un nouveau moyen de déplacement. Cependant, à l’inverse des deux précédentes révolutions industrielles, celle-ci ne peut se faire dans le simple but de satisfaire nos moindres désidératas de progrès : il en va en effet de la survie de la planète.

Puisque c’est toute la société mondiale qu’il va falloir repenser, il est évident que cette élaboration nouvelle doit s’accompagner d’une réflexion sur ce que doit être l’intérêt général.

Nucléaire et transition énergétique

Est-il possible pour la France de réussir une transition vers une énergie propre sans le secours du nucléaire?  

Cette question fait débat, pourtant, l’Agence internationale de l’Énergie est sans appel: sans nucléaire, la transition énergétique sera très difficile. 

  • Pourquoi la solution du nucléaire ne fait-elle pas l’unanimité ? 

Parce que le nucléaire fait peur. A ce sujet, les idées reçues, polémiques et craintes fusent et s’étendent.

  • Comment aborder la question sans prendre en compte les  interrogations de l’opinion publique ? Après tout, l’intérêt général ne saurait être atteint sans répondre aux questions que tous se posent. 
  • Qu’est-ce que le nucléaire et quel rôle joue t il dans la transition énergétique ? 

La production d’énergie répond à une consommation. Ces deux aspects seront pris en compte et analysés selon un axe de réflexion commun.

  • Quelle est la consommation énergétique actuelle ? Comment va-t-elle évoluer dans les cinquante prochaines années ? Comment devrons-nous adapter la production ?

Et plus important, plus crucial et plus global: quels choix devons nous faire pour servir au mieux l’intérêt général ? 

Face à la crise énergétique, ces questions fondamentales occupent une place centrale dans nos réflexions et le GSU s’efforce d’y apporter des réponses.

Services publics et privatisations

Ces dernières années, ce sont la Française des jeux, Engie, ou encore Aéroports de Paris qui sont passés sous le bastion du secteur privé. L’Etat a justifié ces cessions d’actifs au nom de la pérennité du portefeuille des secteurs attenants. En effet, avec ces différentes ventes, ce sont quelques 10 milliards d’euros qui vont venir alimenter le fond public d’investissement pour l’innovation de rupture, lancé en début d’année 2018 par le gouvernement. L’argument majeur est la meilleure opportunité de gestion du secteur privé, alors même que « le bras de l’innovation », représenté entre autres par la BPI ou la Caisse des Dépôts, a justement a vocation de financer l’innovation. Est-il encore possible aujourd’hui de justifier la privatisation au regard de l’intérêt général ? 

Alors que les préceptes de l’économie dirigée ont capitulé depuis bien longtemps face à la machine à rendement que représente l’économie de marché, le GSU décide d’user de la question des privatisations pour présenter un état des lieux du recul de l’état et donc de l’appauvrissement de l’intérêt général.

Par Sacha Pasquier, directeur des recherches du GSU, Linah Bonneville, secrétaire générale adjointe

Bibliographie :

Le service public – 3ème édition (2012), Pierre Esplugas, Dalloz 

Le service public – 3ème édition (2012), Pierre Esplugas, Dalloz 

Service public et intérêt général, Claire Montialoux, Regards croisés sur l’économie 2007/2 (n° 2), pages 25 à 26 

Définir l’intérêt général, Politix 1998/2 (n° 42)

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