Une rentrée universitaire chaotique (presque) habituelle, avec un avenir incertain

Libération eût raison de souligner l’état de l’Université française dans cette rentrée 2020 particulièrement difficile. Cependant, ce que le journal oublie de montrer, c’est que cette rentrée pourrait presque paraître anodine si les quelques mesures sanitaires n’avaient pas ajouté une couche supplémentaire au désordre ordinaire d’une rentrée.

Effectivement, vous verrez moins d’images sur les réseaux sociaux avec des amphithéâtres bondés – la plupart des universités ayant préféré faire des rentrées numériques ou avec un accès partiel aux locaux -. Pour autant, les étudiants ne sont pas moins nombreux et les difficultés d’organisation de gestion et d’organisation des cours pour les professeurs non plus. Il y a toujours des milliers de bacheliers qui n’ont pas survécu au système de sélection hasardeux de Parcoursup. Mais comment leur donner des places qui n’existent déjà pas ? Créer des places virtuelles car l’année sera presque totalement par visio-conférence ? Casser les murs des universités ?

La crise de la Covid provoque un excès de problème d’organisation qui conduit certaines universités à ne toujours pas avoir fini de planifier les cours ou de procéder aux inscriptions administratives et pédagogiques des étudiants, alors même que les dernières rentrées sont programmées pour le lundi 28 septembre.

Le problème dans tout cela n’est pas tant le chaos administratif dont nous avons l’habitude, mais le stress général qu’engendre la situation. Le taux de décrochage et d’échec en première année est toujours aussi élevé mais il sera encore plus difficile de sauver des profils fragiles qui sont au bord du décrochage ou du burn-out. Un étudiant qui entre dans l’enseignement supérieur est stressé par principe. Il y a beaucoup moins de suivi qu’au lycée, il faut savoir gagner en autonomie, trouver des repères et gagner en méthodologie. La situation sociale globale va exacerber cette situation. Nous sommes dans un monde où lorsque nous arrivons dans les études supérieures et dès le lycée, on nous explique qu’il n’est pas impossible que la situation économique nous empêche de nous insérer correctement sur le marché du travail, que les crises géopolitiques vont s’accentuer empêchant toute amélioration de nos conditions de vies globales, notamment climatiques. Enfin, les situations sociales individuelles n’aideront en rien pour beaucoup car près de la moitié des étudiants travaillent en parallèle des études pour vivre avec les difficultés que nous avons soulevées dans notre étude du mois d’avril. 

Le corps enseignant des universités est cette année plus que jamais des « professeurs de la débrouille ». Avec des administrations qui sont encore plus débordées qu’habituellement, la charge de travail est sensiblement alourdie pour nos universitaires. Cela sera catastrophique notamment pour les chargés d’enseignement et tous les contrats fragiles (vacataires, associés) qui parfois sont payés très en retard. La crise exacerbe tous nos points faibles, mais la crise sociale dans une partie du corps enseignant ne fera qu’aggraver la situation. 

Malgré tout, l’Université française, dans toutes ses composantes, s’accroche. On continue à former les meilleurs techniciens, penseurs dans tous les domaines sans exceptions. Le monde entier continuera à envier nos formations d’excellence. Car c’est bien la première qualité de notre système, nous visons toujours l’excellence. L’Université française est très élitiste et c’est bien ce qui la distingue.

Les enjeux n’ont pas changé toutes ces années. Ils restent les mêmes. Il faut que notre enseignement supérieur reste majoritairement public, qu’il puisse continuer à former des chercheurs de qualité, qu’il puisse donner les moyens de faire de la recherche. Dire qu’il faut garder une université publique parait simple. Cependant, les conditions financières sont parfois si dégradées qu’un financement important de la recherche par le privé n’est pas inenvisageable dans les prochaines années. A travers la débat sur le financement public/privé de l’enseignement supérieur, c’est le modèle même de l’université et de ses objectifs qui sont questionnés. En l’état, ce n’est pas une question qu’il est possible de trancher.

Toutefois, il est certain qu’il faut investir beaucoup plus dans chaque organe de l’Université : à la fois dans le corps universitaire et la recherche mais pour les étudiants en garantissant de bonne condition d’études. La bonne santé de l’Université tient à une formule chimique:  aucune composante ne doit être négligée.

Abir Adam, président du Groupe Socialiste Universitaire

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